4+sur10 Lucky
Luke est peut-être l'objet le plus bizarre de la rentrée. Non qu'il
soit radicalement anticonformiste ou monstrueusement pittoresque, le
second film du tandem James Huth/Dujardin [cinq ans après Brice
de Nice] ne ressemble à rien de ce qu'on attendait, adoptant la
forme d'une espèce d'hybride oscillant entre un esprit personnel et
celui du plus anecdotique des navets.
Ce
qui sera pour beaucoup le drame de Lucky Luke, c'est son humour,
reposant sur des ingrédients largement au-delà de leur date de
péremption [que penser du comique balourd de la ''scène-surprise''
avec Jolly Jumper, digne des instants les plus beaufs de Dr
Dolittle].
Cette
adaptation de la BD est nourrie de nombreux parti-pris qui auront
pour résultat de décontenancer l'ensemble du public et d'en laisser
plus d'un sur sa faim. Le film fait preuve d'une relative
originalité, soigne la forme [la réalisation est assez audacieuse,
tout en étant héritière d'une certaine tradition esthétique
appréciée de son auteur et qui ne manque pas d'y faire référence],
mais la sauce semble ne jamais prendre.



Surtout,
l'ironie est ici une notion mal digérée. Les spectateurs ont ainsi
trop souvent une longueur d'avance, et les maigres détails
introduits aux scènes ''sérieuses'' n'y changent rien, tant le
premier degré est de mise et le second, trop fragile, peine à
exister.
Lucky
Luke 2009 cherche ainsi à se démarquer et ressemble moins
effectivement à la BD que Les Dalton d'Eric & Ramzy.
Craignant l'échec peut-être ici, Huth abandonne les personnages
principaux qu'étaient les Dalton et Rantanplan ; au lieu de cela, il
recrée l'univers du lonesome cow-boy en y conviant les autres
terreurs du Far West, authentiques figures quand à elles : Calamity
Jane, Billy the Kid et Jesse James sont donc de la partie.



Mais
justement, cette métamorphose est incomplète, manque d'assurance en
elle-même au point de se confondre dans quelques longueurs,
paraissant ne jamais savoir quand est l'heure de s'en tenir là [le
gag du trou de balle, les scènes chantées avec Alexandra Lamy bien
que passables,...]. Les éléments secondaires de la BD sont relégués
à l'arrière-plan ou mal exploités, jouant toujours sur la même
gamme, comme le personnage du croque-mort. En outre, pas de scènes
ou de répliques-cultes dans cette nouvelle version linéaire. Au
final, Huth a raté son objectif et ennuie le spectateur.
En
fait, ce Lucky Luke ressemble à un essai ou à un bonus de tournage.
On peut affectionner l'effet brouillon, toujours est-il que
l'atmosphère ''cartoonesque'' que tente d'insuffler James Huth à
son produit se solde par un résultat en demi-teinte, en dépit d'une
foi manifeste en ce projet inabouti à l'écriture bâclée et
foutraque. Difficile cependant de se prendre de passion pour ce qui
ressemble à une espèce de Tarantino Junior, ou Les Nuls présentent
Kill Bill dans le désert, et ce malgré des décors
haut-en-couleurs et qui font la réelle inventivité du film.

Le
casting à la fois bankable et éclectique est peut-être la seule
réussite assez complète du film ; mais là encore, il y a nuance,
puisque ce sont les rôles les moins ouvertement comiques qui
retiennent le plus notre attention, Jean-François Balmer en tête
ainsi que Sylvie Testud [affublée cependant de dialogues foireux qui
limitent son personnage pourtant plus recherché que la moyenne].
Tant qu'à Michael Youn, qu'on le prenne pour un prophète ou un
comique de fin de repas, il faut lui reconnaître une certaine
énergie qui étonnement apparaît comme un moteur du film. On
restera cependant plus dubitatif devant Melvil Poupaud cependant se
prend autant au sérieux que son personnage. Le manque de folie du
personnage d'Alexandra Lamy ne l'empêche pas d'être convaincante,
mais la réduit à un simple faire-valoir.
Et
puis Jean Dujardin, bien sûr ! Les puristes ne se font certainement
pas d'illusions et ils ont raison, puisque le cow-boy blagueur et
taquin des Dalton [Dujardin était de la partie, dans un rôle
discret] s'est mué en personnage typique de l'acteur : ainsi, ce
Lucky Luke est misogyne et orgueilleux, mais rongé par un événement
de son passé [c'était la chute trapéziste dans OSS 117, la mort
des parents ici ; même flash-backs insistants ici, mais l'idée et
le résultat ont un goût différent]. Tant mieux peut-être ;
lorsque Huth essaie de donner un LL fidèle, on abouti à un trop
long plan-séquence sur le cow-boy relooké accouchant d'un « Il
va pleuvoir » ; à l'image du film, on se demande s'il n'y a
pas un problème de montage, ou si celui-ci ne se regarde pas un peu
trop le nombril.

Une
brochette d'acteurs cabotins, autant au service de leur personnage
que de leur image-type [Michael Youn notamment, Daniel Prévost mille fois plus encore], remue donc cette
sauce et apporte du caractère à ce film qui aurait aimé en avoir
bien davantage. C'est ainsi que Lucky Luke est soit un film plat
comme la Belgique [et trop timide], soit un film-synthèse. Au final,
ça donne donc bien quelque chose de ''bizarre'', mais loin d'être
perturbant ou novateur pour autant...
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pattylecter
Consacré à la saga : Hellraiser
Acteurs>3/5.
Scénario>1/5. Dialogues>1/5. Originalité>2/5. Audace>2/5.
Emotion>1/5. Visuel>2/5.